……. Ô Hédas .……

À propos

// Sur le Hédas…

/ Le Hédas est un quartier de la ville de Pau. Il possède son identité propre et repose sur de nombreux éléments qui en font un secteur singulier. Cette identité s’est construite de façon continue grâce aux dimensions historique et actuelle, sociale et urbaine./ / Le poids des représentations sociales issues du passé est perceptible, par le passé lointain d’une part : du XVIIIème siècle environ jusqu’au milieu du XXème siècle, c’est alors l’histoire d’un ruisseau, puis d’un quartier d’industries et d’ouvriers et plus tard encore un quartier d’accueil de population immigrée. Mais l’histoire plus récente, date des années 1970-1980, à une époque où a été effacé le quartier de la fontaine et son côté malfamée afin de le revaloriser grâce à l’implantation de restaurants. / De nombreuses représentations sociales caractérisant le Hédas semblent trouver leur origine dans ces années-là. / Son lien et son articulation au reste de la ville de Pau ont toujours été particuliers. Le Hédas est une partie de la ville de Pau qui a été longtemps «oubliée» voire même niée, or sans reconnaissance il est impossible de porter une identité claire puisque celle-ci est construite en rapport avec les autres ter/ Aujourd’hui l’identité du Hédas est encore en question. Il faut qu’il trouve sa place dans la ville en intégrant son passé.





/ Qu’est ce que le Hédas ? Pour certains il s’agit d’un quartier en lui-même, pour d’autres il y a plusieurs parties: celle du haut ou celle d’en bas. Mais le Hédas a aussi été désigné pour parler du ruisseau, certains ne sachant pas que l’origine de ce nom est celle du cours d’eau. / Si l’on s’en tient à son origine naturelle la tentation est de n’appréhender le Hédas que dans son cheminement et sa longitude. / Mais on peut également marquer le Hédas par des segments. Il n’est ainsi pas forcément désigné comme un tout. Quatre segments principaux peuvent être repérés. «Il y a quatres parties au Hédas: du château à la maison Daran, de la maison Daran au parking, de la fontaine au début de la rue et la fin, c’est un même quartier avec une même identité mais des différences de traitement. » / La singularité du vocabulaire employé pour désigner le cheminement le long du Hédas est à remarquer. Il peut s’agir «du passage sous-terrain qui traverse tout le Hédas», de «la rue du Hédas», «De la place d’Espagne jusqu’aux douves», mais il est également désigné par un «trou» ou un «coupe-gorge». On y trouve également des passages, parfois secrets, des passages sous-terrain et des tunnels. Il y a des espaces que très peu de Palois connaissent. / L’ensemble de ces termes pour raconter le Hédas exprime la complexité de son identité, sa délimitation ainsi que son accessibilité problématique. / La topographie du Hédas est un atout car elle oblige les passants à /se déplacer, à marcher. Mais son dénivelé est aussi un handicap au niveau accessibilité. En effet, le tissage des accès entre le Hédas et le reste de la ville est une problématique. Une des raisons du peu de fréquentation du Hédas est son manque d’accessibilité. / C’est un quartier déconnecté du reste de la ville, ce qui est encore plus marqué par une signalisation défaillante. Le manque de signalisation des passages existants est criant d’autant plus qu’ils sont souvent peu visibles et que les habitants ne les connaissent pas. Le problème de la signalisation est lié à celui de la valorisation des espaces et passages. / Il est cependant reconnu au Hédas des qualités géographiques, comme celle de sa situation au coeur du coeur de ville. C’est un quartier en hypercentre, il possède donc une fonction de connexion entre différentes centralités de la ville de Pau. Le quartier du Hédas peut être désigné comme tentaculaire, c’est un quartier qui arrose tout le centre ville. / Au-delà de la fonction d’articulation que joue le Hédas, il constitue également un extraordinaire raccourci lorsqu’il s’agit de se déplacer à pied dans le centre de Pau, c’est en effet un espace valorisé par les habitants pour son potentiel en liaisons piétonnes.





/ L’histoire du Hédas a été marquée par des événements successifs: l’arrivée massive d’immigrés espagnols, la vision d’un quartier malfamé et insalubre, / les démolitions Place Récaborde dans les années 1950 et l’installation de plusieurs associations au début des années 1980, associations encore présentes aujourd’hui (Maison des femmes du Hédas, Section paloise d’escrime, Pyrénéa Sport, Bar associatif, Halte garderie devenue Crèche « A Petits Pas », Club de basket, Francas de Pau, Club Marca…). / L’implication militante du secteur associatif a été très forte pour participer à l’évolution du quartier. / Par exemple, en 1970 a eu lieu la Fête des chariots où les professionnels avaient pour objectifs de permettre à la population de s’approprier les espaces vacants. / Aujourd’hui, il y a encore des illustrations de la participation habitante et de la dynamique partenariale présente dans le Hédas: Depuis trois ans, la Maison Daran, /la Maison des Femmes ainsi que des gens du quartier monte un projet nommé «Jardin Improbable». L’idée étant de réaménager des espaces afin d’en faire des jardins auxquels tous les habitants auraient accès. / C’est un exemple d’action visible qui permet une valorisation de l’image du Hédas, de son appropriation par les habitants. Il faudrait que ce type d’action soit à valoriser, à multiplier. / Les associations ont une forte dynamique partenariale et militante qui rayonne auprès de l’ensemble des habitants du centre-ville, et si elles ne sont pas des «associations de quartier», elles sont résolument concernées par le territoire et la population du Hédas. L’implication passée et actuelle démontre une vie associative avec un rôle social dans la gestion des espaces. Les présences régulières et massives des habitants aux temps de concertation concernant le Hédas le confirme. L’engagement militant des associations est à l’image de celui des habitants du quartier./ / La teinturerie a été rachetée dans les années 1970, et dans les années 1980 ce sont des parents qui s’en sont auto-saisis pour créer un espace d’animation collectif pour les enfants. Il a fallu une auto-organisation et la Maison de l’Enfance a été créée. Les habitants et les associations militants semblent avoir toujours été assez autonomes par rapport à la municipalité. / De plus l’histoire du quartier est marquée par une tradition de prise de position par des collectifs pour préserver son identité populaire. Le pôle associatif est donc toujours actif et diversifié aujourd’hui, toutefois la vie collective et associative très forte semble en déclin, un peu plus cloisonnée. Il y a moins d’activité associative car les choses sont de plus en plus réglementées et beaucoup d’énergie a déjà été dépensée./ La dynamique associative des années 1980 s’essouffle, même si l’installation de nouvelles associations est saluée! «Très bien la reprise en main par les jeunes!»/ Le Hédas est donc un quartier dont la force associative indéniable participe à son identité.Elle favorise une vie sociale active dans le ravin qui n’a que peu d’habitants et pas de commerces de proximité.





/ L’image associée au Hédas est la plupart du temps basée sur des représentations mais cette image véhiculée est à l’inverse de la réalité vécue par les habitants. Le terme de «quartier populaire» est souvent employé non pas pour le désigner comme quartier difficile ou dangereux, mais plutôt pour valoriser ce terreau d’initiatives collectives et la dynamique qui y règne depuis longtemps. Cette dimension populaire est énoncée pour exprimer l’hospitalité et l’accessibilité sociale du Hédas, dans le sens que ce territoire accueille toutes les populations. En effet c’est un territoire de tradition ouvrière et d’accueil de classes sociales défavorisées, de populations immigrées, marginales, c’est donc la diversité qui règne dans les esprits qui est revendiquée. / L’école est un marqueur fort de cette fonction d’accueil que prend en charge le Hédas, par le passé : «l’école Marca c’est la première école où j’ai été quand je suis arrivée à Pau et je dois dire que c’est l’école dont je garde le meilleur souvenir, parce que j’y ai été accueillie ainsi que mon petit frère, on a été accueillis les bras ouverts et ça je tiens à le dire./ C’était en en 1965, il y avait une population composite, ça ne nous a pas perturbés, on jouait à la marelle, à Colin Maillard, mon frère y a appris ses premiers mots de béarnais.» Aujourd’hui encore l’école Marca accueille parmi ses élèves beaucoup de primo arrivants palois, une forte rotation des élèves y est observée et le Hédas remplit donc toujours le rôle d’accueil des populations d’un centre-ville avant une installation en périphérie dans des logements plus confortables et plus grands. / Le Hédas est riche des diverses structures présentes en son sein qui répondent à un ensemble de besoins pour différentes catégories de population de la société paloise : la Maison des Femmes, la crèche « A Petits Pas », le Club Marca pour les personnes âgées, le gymnase et les club sportifs qui y sont accueillis, l’école et la Maison Daran pour les enfants, etc. Il y a toutes les fonctions pour bien vivre, mais pas les commerces, ce n’est pas ça qui fait l’identité du Hédas. / Les populations qui fréquentent ces établissements se croisent et se succèdent dans différents espaces du Hédas et à différents temps de la journée et de la semaine: les parents avec leurs enfants (crèche, Maison Daran, école), les travailleurs qui viennent déjeuner au restaurant «la clientèle est vraiment sympa et nous on a des gens d’un certain âge qui viennent ici, ils se garent là, ils ont pas peur. De toute façon ils connaissent le quartier», les touristes qui se promènent, les jeunes qui fréquentent les bars et la discothèque, les personnes âgées qui se retrouvent au club Marca, les personnes sans domicile fixe qui viennent trouver de la sociabilité au bar associatif, «parler avec des gens qui ne sont pas du même milieu, qui ne sont pas de la rue. Pour beaucoup c’est un lieu qui les raccroche à une réalité aussi », les sportifs, basketteurs et escrimeurs de tous âges, ou encore les femmes qui se retrouvent à la Maison des Femmes du Hédas. Oui, le Hédas permet un croisement des populations entre le bar de l’Imparfait, les gens qui vont au Durango, les gens qui se garent là parce qu’ils habitent à côté, les gens qui viennent de la rue Maréchal Joffre et qui descendent ou qui remontent…/ Une des fonctions du Hédas est donc sociale, au-delà de ses atouts situationnels en coeur de ville et patrimoniaux, c’est un territoire dont la dimension populaire est constitutive de l’identité.





Les représentations sociales dont souffre aujourd’hui le Hédas reposent à la fois sur le présent du quartier mais aussi sur son histoire.«Depuis le moyen âge, ce quartier ça a toujours été la cours des miracles, (…) en bas c’étaitle lieu où vivaient les manants, après c’était devenu une décharge, les gens du Haut Pau jetaient les déchets, après il y a eu l’immigration espagnole, on les a logés là, il y a eu aussi une usine où les gens ont été logés là, donc ça a toujours été un quartier de prolo. Je cherchais un appartement, et j’ai vu un loyer à 180 euros par mois charges comprises, et c’était au Hédas.» / En accueillant des populations marginales, / des bagarres («mon père me disait il n’y a pas longtemps que quand il était jeune il venait se bastonner ici en bas») , les escapades des adolescents «Quand on était ado on allait au Hédas et c’était une terre d’aventure en plein Pau, quand on arrivait à faire descendre et remonter la mobylette ou le vélo sans tomber… et après on l’a fait quand on a eu nos premières deux chevaux, c’était génial, il n’y avait rien que le mystère de la nuit. Jamais aucune difficulté.», le Hédas est le terrain de toutes les aventures et assure ainsi une paix sociale dans la ville de Pau, en jouant un rôle important dans le centre-ville palois. span class="slash-couleur">/ La nuit, l’espace public de la rue du Hédas n’est pas éclairé et constitue ainsi un lieu protecteur pour certaines catégories de population en recherche de tranquillité. / Le Hédas souffre donc d’une mauvaise réputation qui repose sur différents usages de son espace, en accueillant toutes les catégories de population, il accueille aussi celles qui sont le plus stigmatisées. / En accueillant des populations marginales, Le caractère inquiétant qui est attribué au Hédas repose sur différents éléments, certains appartenant au passé et d’autres au présent. Un des plus vieil habitants du Hédas que j’ai rencontré m’a dit «Quand je suis arrivé au Hédas en 1958, on disait que c’était malfamé, pour moi pas du tout, moi je ne connaissais personne alors je descendais y manger le soir, j’étais célibataire, et j’ai toujours été très bien accueilli, par tous.» / Une fois encore, le Hédas est source de craintes reposant sur l’histoire et sur la méconnaissance. Les habitants du ravin (peu nombreux) évoquent des nuisances mais pas de réel sentiment d’insécurité. Celui-ci est pourtant exprimé par nombre de palois, mais des éléments éclairent cette perception : la présence des immigrés espagnols républicains par le passé: «dans la presse, à la télévision, dans les médias de l’époque les immigrés espagnols c’était les rebelles, c’était les rouges, les républicains et donc les gens avaient peur de ce quartier, on disait un quartier malfamé mais en fait c’était un quartier prolétaire. Et dans l’imaginaire de la bourgeoisie c’est la même chose ! Donc la peur du Hédas c’était ça, enplus c’est un trou» mais aussi la présence de populations marginales : «Il y a un petit tunnel qui était le seul passage pour traverser de l’autre côté, à l’école Marca et moi j’empruntais à l’époque ce petit tunnel, il y avait des clochards dedans, c’était leur seul lieu de vie, maintenant c’est fermé». / Plus récemment des évènements ont marqué l’imaginaire collectif de la ville en contribuant fortement au sentiment d’insécurité qui pèse sur le Hédas (les meurtres de deux infirmières perpétrés en 2004 par Romain Dupuy, habitant du Hédas et qui y a été arrêté). Ainsi le Hédas fait peur et encore plus la nuit. A partir d’une certaine heure, les gens n’osent plus venir. Cecientraînant une méconnaissance et donc une crainte d’autant plus grande. / Actuellement l’utilisation des espaces publics du Hédas, notamment la nuit par des jeunes, participe de cette représentation d’un Hédas «dangereux».

// …Un art social

/ Contrairement à la communication, qui crée des contacts humains bien définis, l'art essaie de rapprocher et de lier des niveaux de réalité éloignés. "Le rapport inter-humain doit prendre des formes extrêmes/ ou clandestines s'il entend à échapper à l'empire du prévisible […] il importe aux gouvernants que les relations humaine soient canalisées vers des embouchures prévues à cet effet." écrit Nicolas Bourriaud. Contrairement à ce que pensait Guy Debord, qui voyait l'art comme la concrétisation de ce qu'il fallait faire dans la vie, l'art d'aujourd'hui est plutôt un grand terrain d'expérimentations sociales. / La fonction et le mode de représentation des oeuvres évoluent: l'expérience artistique connait une urbanisation croissante. L'art se situe de plus en plus dans la rue. Ce qui induit que c'est "une forme d'art[…]qui prend pour thème central l'être-ensemble, la rencontre" car la rue est un terrain de rencontres. Comme dit Michel Maffesoli, l'image possède un pouvoir de reliance. L'oeuvre d'art resserre l'espace des relations,/ elle représente un interstice social. Le mot interstice a été utilisé par Karl Marx pour qualifier les échanges échappants au cadre de l'économie capitaliste. / Finalement, l'oeuvre d'art "favorise un commerce inter-humain différents des zones de communication" qui sont imposées. Nicolas Bourriaud emploie le terme d'esthétique relationnelle qui est définie par Louis Althusser comme "matérialisme de la rencontre". L'art actuel prend forme dans la rencontre, dans une relation dynamique. / Le regard d'autrui est important dans le relationnel. Serge Daney écrit "toute forme est un visage qui nous regarde". Puisque les formes nous regardent, comment devons nous les regarder? / La forme prend sa consistance au moment ou elle met en jeu des interactions humaines. L'action artistique engage donc un dialogue. Toute "relation intersubjective" passe par la forme du visage. L'intersubjectivité est un concept développé par Kant. C'est l'idée que les hommes sont des sujets pensants capables de prendre en considération la pensée d'autrui. "Toute forme est un visage qui nous regarde" puisqu'elle m'appelle à dialoguer avec elle.



/ Depuis les années 1990, la participation du spectateur est devenue très courante dans les pratiques artistiques, bien qu’elle était présente avant: en effet, c’est une propriété de l’oeuvre d’art, car sans elle,/ «l’oeuvre ne serait rien d’autre qu’un objet mort». / Nous sommes aujourd’hui dans une culture de l’interactivité. L’émergence des nouvelles techniques (réseau internet et multimédia) démontre un désir de créer des nouveaux espaces de convivialité.«Il faut être deux pour une image» dit Jean Luc Godard./ Toute oeuvre d’art peut alors être un objet relationnel: relation entre des individus, relation entre l’artiste et le monde, relation entre le regarder et le monde. / «La pratique artistique se concentre désormais sur la sphère des relations inter-humaines, comme en témoigne les pratiques artistiques en cours depuis les années quatre-vingt-dix. L’artiste se focalise donc de plus en plus nettement sur les rapports que son travail créera parmi son public, ou sur l’invention de modèle /de sociabilité. Cette production spécifique détermine non seulement un champ idéologique et pratique, mais aussi des domaines formels nouveaux. Je veux dire par là qu’au delà du caractère relationnel intrinsèque à l’oeuvre d’art, les figures de références de la sphère des rapports humains sont désormais devenues des «formes» artistique à part entière: ainsi, les meetings, les rendez-vous, les manifestations, les différents types de collaboration entre personnes, les jeux, les fêtes, les lieux de convivialité, bref l’ensemble des modes de la rencontre et de l’invention de relations, représentent aujourd’hui des objets esthétiques».



/ La mise en forme des relations conviviales est une constante historique depuis les années soixante. Felix Guattari, dans La Révolution moléculaire, 1977, prônait déjà ces stratégies de proximité qui fondent les pratiques artistiques actuelles : «Autant je pense qu’il est illusoire de miser sur une transformation de proche en proche de la société, autant je crois que les tentatives microscopiques, type communautés, comités de quartier, l’organisation d’une crèche dans la faculté, /etc… jouent un rôle absolument fondamental». / Certains artistes proposent donc l’oeuvre d’art comme des moments de sociabilité, comme des objets producteurs de sociabilité. Elle vise au-delà de sa simple présence dans l’espace puisqu’elle s’ouvre au dialogue, à la discussion, à ce qu’appelait Marcel Duchamp, «le coefficient d’art». / L’art oeuvre donc au sein d’une sphère relationnelle, il est ancré dans une proximité: il transforme le regardeur en voisin, en interlocuteur direct. L’oeuvre d’art se présente comme un interstice social à l’intérieur de laquelle des nouvelles expériences, des nouvelles possibilités de vie, s’avèrent possibles.